25 avr. 2011

Pouébo, par Agnès


                            La couleur des Bee Gees

Prenez les Bee Gees, version bleu poudre, passez les sous le filtre HD et vous aurez la délicate palette turquoise du lagon de Poé.  


Lorsque j'avance dans ce miroir aux reflets aussi chatoyants que les chemises de soie de Barry, Andy et Maurice, je plane.


Il y a quelque chose d'irréel à ce tableau:  debout au milieu du lagon avec les petits poissons qui butinent sur les patates de corail, le soleil qui chauffe mes épaules et la tête dans les nuages en formes de personnages de cartoons.


Coup d'oeil à gauche: bleu.  Coup d'oeil à droite: bleu.  Droit devant:  l'écume furieuse de l'eau qui se fracasse sur la barrière de corail.  On dirait le sourire émaillé des trois frangins Bee Gees.  


L'expérience ultime:  un baiser échangé dans cette bulle extatique du Pacifique.


Fermez les yeux et vous entendrez "How Deep Is Your Love"...


20 avr. 2011

Mon chien me rend dingue!

Lundi dernier, j’ai mis mon chien Bouboule sur le mur d’honneur de Facebook.  L’employée du mois des restaurants McDonald n’aurait pas eu meilleure presse :  « je suis fière de Bouboule, souper entre amis et assiettes qui lui passent sous le museau : elle n’a pas flanché! Bravo championne! 
:-)

Il y en a qui ont dû se dire : «  mais elle n’a pas de vie, celle-là pour épiloguer sur son chien et congratuler le clébard sur le wall! »  Vrai, je n’ai pas une vie digne d’une habituée des night clubs de Berlin, New York ou Ibiza mais je sais apprécier les petits moments où on pousse un « ah…ahhhh! » lorsqu'on se sent touchée par la grâce.  Oui, un chien obéissant est une grâce, cessez de rire!  Planquez votre cynisme dans votre doggy bag!

La chute est toutefois très brutale.  Alors que mes doigts couraient sur le clavier pour inscrire cet hommage canin au profit de la populace facebookienne, quelqu’un cogne à la porte.  Je m’empresse de faire SEND et  je vais répondre.  C’est mademoiselle Delphine, la styliste de la Case à Coiffer.  Papote-papote-papote pendant une quinzaine sur le pas de la porte et pendant ce temps, la Bête prépare minutieusement son mauvais coup avec l’aplomb d’un Arsène Lupin.  Bouboule vient me chiper mes deux ballerines CROCS sagement posées près de mon bureau et machouille les lanières avec une précision chirurgicale pour les…bousiller.  Du travail de pro.  Lorsque je la surprend, elle a déjà fait commis son crime et se tire comme un filou.  C’est pas un chien, c’est une couleuvre! Je suis incapable de lui mettre son larcin sous le nez, elle me file entre les mains. 

Les jours suivants, elle élabore un programme démoniaque pour me rendre dingue.  Orange mécanique, version Bouboule au cube. 

Elle se tire régulièrement chez ma voisine pour aller faire une petite séance de lutte gréco-romaine avec le chiot Bambou.

Elle jappe avec l’aplomb d’un pittbull à la sortie des travailleurs kanaks qui quittent le chantier à côté de chez moi sur le coup de 16 :30.  La honte!

REGARDEZ LA PHOTO CI-CONTRE:  ELLE FAIT SEMBLANT DE FAIRE PITIÉ!  AH...AHHHH! DÉMASQUÉE, SALE CABOT!

Elle lèche avec application les orteils des dames qui se pointent chez moi en claquettes.  Franchement gênant cette intrusion dans l'intimité d'autrui!

Lorsque je l’appelle, elle me regarde, me lance un clin d’œil, lève un doigt d’honneur et démarre comme une Formule 1 dans la nature.  Ahhhh, je vais la vendre aux chinois pour qu'ils la cuisinent et la vendent sous forme de rouleaux impériaux!

Elle fait semblant qu’elle va étriper les veaux dans le pré lors de sa promenade sur la piste cyclable.  Non, mais???  A qui tu fais peur, petite crotte de bique?

Elle n’est pas tuable!!!!!! Il faudrait un raid de 20 kilomètres dans les montagnes de Houaïlou pour la coucher! 

JE SUIS AU BORD DE LA CRISE DE NERFS!  Y A-T-IL UN PSY CANIN PARMI LES LECTEURS????


Femelle croisée à vendre.  Sac de croquettes et gamelles inclus.  Répond au nom de Bouboule.  Tempérament enjoué, elle est aussi intelligente et attachante. Toujours partante pour faire promenade à toutes heures du jour, elle a en prime un esprit aventurier. 
Une aubaine :  500 CFP  (5 dollars) , négociable.
Vous pouvez nous joindre au 74 59 35 

18 avr. 2011

Un coucou de Lisa et Gaël du Snack des Cascades


Amours et délices au snack des Cascades

Le Québec a ses roulottes à patates et la Nouvelle-Calédonie, ses snacks.  Ces fourgonnettes transformées en cuisines roulantes se trouvent souvent à l’entrée des villages.  Le snack des Cascades offre un bon combo panini-frites mais aussi des grillades pour les plus gourmands.

Qu’est-ce qui rend cet endroit si différent?  L’histoire du jeune couple de proprios est digne du roman « Mange, prie, aime ».  Lisa et Gaël se sont rencontrés sur une petite île au large de Bali il y a trois ans.  Gaël crapahutait autour de la planète depuis un moment et il avait envie de poser ses valises en Calédonie.  Lisa l’a suivi.  Générique sur la fin d’une belle histoire?  Plutôt le début d’une belle aventure.  

Le snack des Cascades est à Pouebo, à deux minutes de la chute de Colnett.  C’est bon et c’est pas cher.  En prime, vous avez une jolie plage pour piquer une sieste. 
J’y retourne, c’est promis.

17 avr. 2011

Chronique d'un dimanche tranquille

Qui a dit que les dimanches devaient être tristounets lorsqu’on vit en brousse?  J’ai pour vous la recette qui mettra un peu de « oumphhff! » pendant le Jour du Seigneur.

Ma suggestion :  une longue promenade en bagnole avec arrêts multiples, direction côte est.  Le top du top d’une telle balade, c’est de squatter la banquette arrière du 4X4 d’un couple d’amis.  Et surtout, n’oubliez pas de dire au chauffeur qu’il est vraiment le meilleur même si des fois vous avez un léger mal de cœur dans les courbes en lacet de la transversale Koné-Tiwaka.  C’est une route panoramique digne du National Geographic  mais elle vous donne une vague envie de vomir dans un petit sac.

*****

Monsieur D. et sa douce, Madame A. (A comme dans « ange ») nous ont fait l’honneur, à Princesse des Îles et à moi, de nous inviter à se joindre à leur promenade dominicale.  Partir à la chasse aux images et croquer des moments de bonheur, c’est selon moi le plus beau des programmes.
Nous voilà en route sur le coup de 8 heures et demi avec des prévisions météo qui nous promettent quelques belles percées de soleil sous un couvert de nuages pluvieux. 
Notre chauffeur, Monsieur D., s’arrête toutes les fois où on pousse des « ohhh! » et des « ahhh! ».   Il mérite vraiment une médaille, celui-là! 

Voici en mots et en images quelques beaux moments de cette petite escapade du dimanche.

Hienghène et sa poule, en accéléré   
Un tout petit arrêt pour immortaliser la poule la stoïque du Pacifique.  Il n’y a pas une tempête qui ne parvienne à lui défriper le plumeau. 

Coucou à la cascade de Tao  
C’est une cascade de 100 mètres de haut.  Bonjour les sports extrêmes!  On y retournera pour la randonnée.  Il avait trop plu et ça patine sur le sentier boueux.  Avis aux intrépides :  il y a des tourbillons qui peuvent vous arracher votre bikini.  Écoutez les locaux et baignez-vous aux endroits désignés.

Mini-trempette à Colnett 
Une autre cascade, moins furieuse celle-là, avec en prime une rivière qui se jette sur une plage ma-gni-fi-que.  Tout au long du chemin, c’est l’exubérance des jardins kanaks qui vous pavent la voie.  On ne devrait pas rouler sur ce tronçon, il faudrait plutôt marcher pour prendre le temps de tout enregistrer avec ses yeux, son nez et ses oreilles.  En prime, vous avez des gens qui vous envoient la main avec une telle joie, c’est comme s’ils retrouvaient un vieil ami et explosaient de joie.  Il n’y a qu’en Calédonie où le « salut » n’est pas banal.

Ding! Dong! à l’église St-Denis 
Au limites de la commune de Pouebo, il y a une petite église juchée sur une colline.  Les enfants rient.  Tout en bas, les adultes sont absorbés à leur bingo sous le faré.  On entre dans le temple pour aller voir les vitraux d’une troublante authenticité.  Ils  dépeignent l’arrivée tumultueuse des premiers missionnaires.  L’un d’eux en a même payé le prix de sa vie : Blaise Marmoiton, mort en 1847.
En sortant de l’église, les fillettes se présentent :  Zoé, Marie, Cynthia…Pendant que je discute, Princesse des îles, curieuse comme une belette, décide de sonner la grosse cloche du village.  Les enfants déguerpissent tels des lapins pour ne pas avoir à se faire gronder par le Père…Et les parents lâchent leur bingo tout en bas pour voir qui fait ce boucan…Ah, la la!  Qu’est-ce que tu fais là Gaston La Gaffe?  Bon allez, je te pardonne mon enfant, mais ne recommence plus tes facéties!

Le plein d’UV à Mahamate 
On dit qu’il y a un certain James Cook qui est tombé en pamoison devant cette longue plage tranquille au fil de ses découvertes dans le Pacifique.  Je ne sais pas si c’est la plus jolie mais c’est certainement là où on croise les gens les plus sympas.  J’ai piqué une jasette à Marie-Pascale qui est venu avec les enfants pour y passer l’après-midi.  Elle a un bon sens de l’humour, la Marie-P.  Elle m’a donné un plein sac de pommes cythères.  Voilà la coutume inversée :  c’est les locaux qui font les cadeaux!  On aura tout vu!

Retour par la transversale entre le col d’Amos et Koumac.  Je vous avoue n'avoir n’avoir rien vu.  Je roupillais avec Princesse des Îles.  On avait l’air de deux goujats, à ronfler comme des tondeuses sur la banquette.






Merci Monsieur D. et Ange!




14 avr. 2011

12 avr. 2011


La désintox

C’était il y a longtemps…Je faisais mon yoga dans les allées du magasin Winner’s le mercredi soir pour me remettre d’un début de semaine trop rock’n’roll.   Je confesse aussi avoir été accroc du shopping pendant mes pauses du midi.  Je grignotais un Joyeux Festin au volant de ma bagnole pour me rendre à un haut-lieu de pèlerinage,  le centre d’achats.  Je me suis infligée vertiges et palpitations lors d’achats compulsifs.  Je me souviens même de la brûlure de la carte de crédit entre mes doigts.

C’était avant Koné, le pays de la simplicité volontaire. 

Je vous le concède, il faut être riche et n’avoir jamais manqué de rien pour réaliser à quel point la consommation peut-être futile.  C’est un luxe inouï que de pouvoir dire un jour : je boude le plaisir d’acheter.  Je n’imaginais pas m’adonner à une telle expérience en choisissant de vivre à l’étranger.

Il n’y a rien ici. Pas de chaussures, pas de chandelles, pas de club vidéos.  On ne manque pas de pain ni de vin.  Pour les fruits et légumes, il faut tomber sur les bons jours.  Il y a désormais un mot tout nouveau et plein de joyeuses promesses dans mon vocabulaire d’expatriée : ARRIVAGE.

Les arrivages de denrées, d’ampoules électriques, de douzaines d’œufs, de poulets et autres frivolités nous plongent dans la plus grande délectation .  « Oh! Des oranges!  Ah! Des fraises surgelées! ».  Mais attention! Il y a aussi le choc de la pénurie qui nous guette.  Fidèle à mon habitude, je demande 500 grammes de jambon blanc à la plus gentille des bouchères.  « On est en rupture de stock.  Il n’y en n’aura pas pour au moins trois semaines… », me dit-elle avec son plus beau sourire.  Chou blanc avec le jambon, ça ne fait pas de très bons sandwiches.

Mon amie Louise, en désintox tout comme moi,  est en quête perpétuelle pour acheter son six pack d’eau pétillante…Pauvre Louise…Je crois que les commis du Leader Price planquent les bouteilles dans l’arrière-boutique en la voyant arriver.  Ils veulent la guérir de sa terrible addiction!

Mais quand il faut acheter, on fonce! C’est ce que j’ai fait alors que je devais remplacer mon ouvre-boîte déglingué.  J’ai fondé mes espoirs sur le bazar bordélique de mon magasin-épicerie préféré, Chez Roes.   Je demande à la commis si elle avait un tel outil, certaine qu’elle allait relever le défi haut la main.  Que pensez-vous?  On n’a peut-être pas grand’chose à Koné mais les ouvre-boîtes, il y en a toujours stock.  Elle m’emmène au fond d’une rangée, s’agenouille devant un présentoir fermé à clé, l’ouvre cérémonieusement et m’exhibe un ouvre-boîte version deuxième guerre mondiale.  Une fois ouverte, votre boîte de conserve a l’air d’être explosée tellement vous avez tailladé le fer avec hargne.  Est-ce que ce modèle me convenait?  Je l’ADORE!  Mettez-moi en une caisse!

11 avr. 2011

Lettre à mon aîné

Cher Lulu,

Il n’y a pas une journée où je ne pense pas à toi et à tes soeurs.  Tu as beau avoir 16 ans, tu n’es pas exempté de la prière quotidienne de la mère poule.  Je te confie au p’tit Jésus même si tu me dépasses d’une tête et que tu peux me porter sur tes épaules.

Port-au-Persil, été 2008
Six mois se sont écoulés depuis notre arrivée.  Je sais que le temps n’a pas encore effacé le souvenir amer de ce triste samedi de septembre où tu as été obligé de dire au revoir à tes potes.  Le lendemain, c’était au tour de ton cousin Didou, ton éternel complice, d’essuyer une larme avec toi.  À notre arrivée dans ce nouveau pays, tu étais en colère, une colère qui a grondé longtemps sans que je ne puisse rien y faire.  Il n’y avait ni crise, ni répliques courroucées.  Tu as toujours été affable.  Mais cette rage sourde n’a pas échappé à mon regard aiguisé.  Moi aussi j’avais de la peine de te savoir plongé dans ce mal de vivre passager.  Ni le bleu de la mer, ni les étoiles du ciel, ni la douceur du climat ne parvenaient à te faire oublier ta vie là-bas, chez-nous.  Ta vie avant la Nouvelle-Calédonie.

Les semaines ont filé.  Lentement mais sûrement, je t’ai vu émerger.  Tu as fini par sortir de ta chambre.  Tu regardes les infos à la télé et tu poses des questions.  Tu me communiques tes résultats scolaires avec une pointe de fierté.  Tu fais des petits boulots.  Tu t’es mis à la planche à voile, au plus grand bonheur de ton père. 

Ta force me touche.  Cependant , je ne suis pas dupe.  Juste avant que tu ne prennes le chemin du lycée ce matin, je t’ai surpris assis sur ton lit en train de regarder l’album photos de tes amis.  Ton cœur est encore au Québec et c’est normal.  La première bande d’amis, c’est la famille en mieux car on les a choisis. 

Nous ne sommes pas si différents, tu sais.  Moi aussi, je vais garder un souvenir amer lorsque tu partiras pour faire ta vie.  Mais je vais m’inspirer de ton courage pour poursuivre mon propre chemin.

N’oublie pas ceci :  je n’arrêterais jamais de te regarder vivre avec attention et bienveillance.   Et mes prières vont toujours t’accompagner.  Tous les jours.

Ta mère qui t’aime très fort.

6 avr. 2011

La longévité de Monsieur Bubble Gum

Près de 3 décennies à vendre des glaces aux enfants qui viennent s'émoustiller à la Baie des Citrons: Monsieur Bubble Gum est un exemple de longévité.


Il est arrivé ici en 1971 pour se lancer dans la pêche commerciale.  Mais notre jovialiste a vite fait de changer de cap pour miser sur une ressource inépuisable: le plaisir de manger des glaces au soleil.


Monsieur Bubble Gum est une célébrité: c'est lui qu'on retrouve en page 77 du guide Hachette sur la Nouvelle-Calédonie.


Si vous passez à la Baie des Citrons, dites-lui bonjour de ma part.

Nouméa vu par Monsieur Bubble Gum

3 avr. 2011

Ma colline, mon terrain de jeu

Il y a une colline qui surplombe mon quartier. 

L’endroit est assez sauvage :  il y a trois mois à peine, je me suis retrouvée nez à nez avec une horde de cerfs pendant ma petite promenade quotidienne. 

Les cerfs se font plutôt rares ces jours-ci. La machinerie lourde a envahi le petit espace bucolique.  On construit en ce moment une route d’accès vers un nouveau quartier.  Eh, oui…encore un autre.  Koné explose. 

Je dois me résigner à attendre le départ des travailleurs avant de me lancer dans cette petite expédition avec Bouboule.  C’est la fête lorsque je lui enlève sa laisse!

Marielle et Sylvie, mes compagnes d’équitation, m’ont cependant fait découvrir un autre accès.  Wow!  C’est une piste escarpée et taillée sur mesure pour quiconque a envie d’un bon défi. 
Je n’ai pas encore l’ambition de suivre ces deux là :  elles sont trempées dans l’acier.  Des G.I. Jane entraînées comme si elles allaient faire la guerre en Afghanistan.  Elles montent les côtes avec un couteau entre les dents…Tout ça en prévision d’un raid auquel elles vont participer, une course de 12 kilomètres dans la jungle calédonienne.   Vous ai-je dit que Marielle et Sylvie ont 110 ans au compteur?  50 et 60, respectivement.  Et ça ne vous viendrait pas à l’esprit de causer "âge d’or" avec elles parce qu’elles sont dans une forme dangereuse.

Monter / descendre les vallons qui ceinturent mon quartier, Green Acres, ça met du piquant.  Moi aussi, j’ai envie de faire un raid.  Mais j’ai des croûtes à manger!

Et Bouboule?  Elle revient avec la langue à terre, prête à s’écraser sous le divan pendant quelques heures.  Heureux répit dans la maison!

31 mars 2011

Profession : râleuse

C’est un arrêt obligatoire parce que la plage est si invitante : Poindimié.  Vous avez sous les pieds de minuscules coquillages jetés là par le roulis des vagues.  On y plonge les mains dans l’espoir de voir apparaître tout au fond de sa paume une pluie de nacre aux reflets crémeux.

Le soleil plombe juste au dessus de la montagne verdoyante.  On se croirait échappé de la jungle tellement la végétation est luxuriante dans ce coin de pays.  Les enfants sautent comme des grenouilles dans les bouillons de mer.  Les parents, tenté par un si joli tableau, finissent par succomber pour aller les rejoindre tout habillés dans l’eau.

Comble de bonheur, Chéri et moi sommes sur le bout de plage en amoureux.  Pas d’enfants! Nous avons même pris congé de Bouboule, c’est tout dire! 
Il est toujours aussi craquant, ce mari.  Je le regarde se baigner, moi qui suis assise sur un bout de serviette, les mains pleines de coquillages.  Ah, tiens donc…Il y en a une qui doit partager mon avis parce que je vois qu’il est en train de se faire mater par une autre femme.  Cause toujours, ma jolie…Il est à moi!

Regard circulaire sur la plage et j’aperçois au loin une femme en speedo.  Elle est frêle mais je la devine tout de même en forme.  Elle est bronzée.  Elle aussi a les mains débordant de coquillages.  Sa demie noix de coco est remplie de trésors à ras bord. 

En passant près de moi, je l’aborde.  Je veux jeter un coup d’œil sur ses découvertes…Elle a l’œil bien affuté parce que ses coquillages sont magnifiques.  Je remarque aussi que malgré sa silhouette juvénile, c’est une vieille dame.  Ah, la vache, j’aimerais être aussi bien conservée quand j’aurai son âge!

« Vous avez fait une bonne cueillette? »

Elle s’anime comme une fillette, contente de parler enfin à quelqu’un.

« Je fais le plein parce que je pars le weekend prochain.  Je vais les mettre dans ma valise »

Elle poursuit sur le ton du reproche :

« Mon fils m’a dit que je suis en train de vider la plage…non, mais qu’est-ce qu’il croit!  Que je vais m’enfuir avec le dernier!  Il travaille comme barman à l’hôtel, il a épousé une kanak.  Quel endroit!  Avant, ils étaient à Nouméa et c’était bien mais ici, c’est un trou, un trou je vous dis!  Ça fait six semaines que je fais les courses pour leur famille.  Il n’y a rien dans les magasins.  J’en ai ras le bol de manger du riz, des pâtes, de la s’moule!  Et il n’y a que des carottes!  Pas de fruits, pas de légumes!  Non, mais qu’est-ce que c’est que ce bled perdu!  Et Hienghène, soit disant que c’est beau!  C’est encore plus perdu!  Il faut faire 300 bornes pour aller jusqu’à Carrefour à Nouméa et faire des emplettes qui vaillent la peine et encore là, je vous dis pas!  C’est cher!  Moi, madame, je ne reviens plus ici…. »

J’ai noté son léger parkinson pendant sa complainte.  À moins que ce ne soit simplement l’émotion de quitter ce « trou » comme elle dit…

Et bien moi, madame la parisienne, je le trouve joli cet endroit même si les carottes, je les mange en purée, en salade et en gâteau.  Vous êtes une râleuse.  Un éclair de six semaines sans se laisser émouvoir par toute cette beauté?  Retournez à Paris, c’est le pays des râleurs.  Vous y serez beaucoup mieux.

« Alors bon retour chez-vous! », ai-je répondu à la vieille dame à la silhouette de jeune fille.

Elle a fini par sourire et dire merci.
       LOVE' LOVE' LOVE' 
Le coeur de Voh, photo aérienne de mon amie Agnès

29 mars 2011


Les deux vies de Georges

Vous vous souvenez de Georges Proulx, originaire du village de La Visitation d’Yamaska?  C’est mon beau-frère Christian, celui qui est à 6 degrés de séparation du pape, d’Obama, de Bill Gates et de Madonna, qui nous avait lancé sur sa piste.  Vous ai-je dit que mon beau-frère connaît TOUT LE MONDE?  Son cercle d’amis s’étend jusqu’ici, en Nouvelle-Calédonie.  Il n’y a pas un perron d’église qui lui résiste.  Christian nous avait confié la mission de retrouver Georges parce que, selon ses dires, c’était son « ange-gardien ».  Allez donc dire non à pareille demande…


Nous avons fait une visite éclair à Georges, le retraité du Pacifique,  et à sa compagne Valélia, une wallisienne qui concocte un jus savoureux fait à base de fruits de la passion.  Tous les deux coulent des jours heureux à Bourail dans une maison qui appartenait autrefois aux frères de l’instruction chrétienne.  Elle est située juste en haut de la petite chapelle, près du Discount, sur un chemin qui monte abruptement.  On est en plein cœur de Bourail et la vue y est magnifique.

Je suis retournée voir Georges lundi dernier. Lui et sa douce était assis dans la cuisine.  Les rideaux battaient au vent comme des pavillons de goélette.  Il faisait bon.  Georges avait son même air rieur.  Valélia, elle, vous étouffe un sourire en battant de la main comme si une mouche l’incommodait.  Elle est sympa, Valélia.  Je l’aime beaucoup.  Elle nous a resservi sa délicieuse concoction aux fruits de la passion.

Mine de rien, Georges est débarqué en Nouvelle-Calédonie il y a 40 ans.  C’était en 1971.  On l’appelait alors Frère Georges.  Il avait fait ses vœux et comme beaucoup de religieux de l’époque, il était ici pour enseigner à la jeunesse calédonienne. 

Quarante ans dans un pays où les jours se suivent et se ressemblent dans une paisible indolence.  À l’exception du 5 mai 1988, lors de ce qui est convenu d’appeler ici « les événements :  des indépendantistes radicaux avait pris en otage des gendarmes sur l’île d’Ouvéa.  L’assaut donné par l’unité d’élite de la gendarmerie, le GIGN, avait provoqué la mort de 19 indépendantistes et deux militaires.  La crise d’Oka, version kanak.  Georges ne peux pas nous donner plus de détails parce qu'il n'était pas ici pendant cette période trouble. 


Où était Georges?  Il était au Québec pour y vivre pendant cette même année .  Cette deuxième vie ne s'est pas amorcée de façon inopinée: Frère Georges était redevenu Georges, tout simplement.  Lui aussi a connu « les événements », un grand bouleversement dans sa vie: il est tombé en amour avec une certaine Valélia.  Ils ont uni leur destinée en 1989 à Paris puis en 1990 à Montréal.  Deux mariages, un civil et l’autre devant Dieu, pour bien sceller leur union.

Le caillou rappelle souvent bien des cœurs.  Le couple revient donc en Nouvelle-Calédonie en 1991 et Georges poursuit sa mission d’éducation.  Si vous allez du côté de Pouébo, au nord de Hienghène, sachez que c’est lui qui a mis sur pied l’école professionnelle du coin.  Il a formé deux générations de mécaniciens et menuisiers.  Mahité, une mélanésienne du coin, est venu l’épauler pour organiser les cours de couture et de cuisine.  Non, mais…n’allez pas croire qu’il sait tout, il a eu besoin d’un coup de main, le Georges!

Encore aujourd’hui, il y a des travailleurs sur le chantier de la plus grosse mine de nickel au monde, KNS,  qui se souviennent de Monsieur Georges.  C’est lui qui a jeté les bases de leur éducation.  Même à la retraite, Georges poursuit sa mission.  Il est catéchète à Bourail.
Il compte faire une petite visite au Québec probablement en 2012.  Mais soyez assurés qu’il reviendra à Bourail.  C’est là que se trouve sa patrie.  Là où il veille sur son luxuriant jardin, celui qui lui donne des fruits en abondance jour après jour.

A plus tard, Georges.  Bisoux à toi, Valélia!
 Le mur des lamentations

Donnez-moi une minute top chrono et je vous défile en vrac mes frustrations.
Suis-je plongée dans les affres du SPM?  Peut-être alors tassez-vous que je me défoule un bon coup.
  
Un cantaloup « culture locale » à 15 piastres

Les gendarmes qui te contrôlent pour des pécadilles alors qu’il y a une taverne sur le trottoir en face


Les jeunes gendarmes arrogants qui te disent comment être une mère responsable au volant.  Pas capable!

La chicane pendant le souper

Attendre des nouvelles de quelqu’un et tout ce qu’on a, c’est un silence radio. J’haïs ça!

Laver du blanc et ça sort gris

Décortiquer les crevettes

Bouboule qui se pousse avec l’air de dire « attrape-moi si t’es capable! »

Les moustiques qui piquent 14 fois avant que je ne parvienne à les pulvériser

Lady Gaga

Du sable dans les draps

Les babounes.  Toutes les babounes


La séance de défouloir est maintenant levée.  Je vous remercie de votre bienveillante attention.

28 mars 2011

Un après-midi à la tribu de Tiaoué

Sois belle et tais-toi?


Je suis chez Roes, l’épicier du coin et j’attends à la caisse.  Je me surprends à fredonner bêtement ce qui joue à la radio, une reprise d’un vieux tube français : « Annabelle, tu es la plus belle lorsque tu te tais… »  Pourquoi je turlute cet air stupide, ringuard et rétrograde?  Parce que ça joue en boucle à la radio depuis quelques semaines.  Un certain Mallory Michel, un chanteur de charme corse, a commis ce succès pendant les années yé-yé.  J’ignore pourquoi on a ressorti cette chansonnette misogyne des boules à mites mais elle tourne à fond, trois à quatre fois par jour.  Lavage de cerveau garanti.
« Sois belle et tais toi…Et ne parle pas….Tu es bien plus jolie…Lorsque tu souris….Sois belle mais quand même…Tu peux me dire je t’aime…Car je sais très bien…Que ce mot  là…Toi tu le dis bien…lalalalalalalalalal » 

Y a-t-il des « Annabelle » ici en Nouvelle-Calédonie, des minettes qui battent des cils sans jamais dire un mot? 

Il serait facile de dire oui en jugeant simplement l’acte coutumier ce geste symbolique qui montre le respect des règles du pays et de ces pratiques ancestrales.  Ce sont les hommes qui sont chargés recevoir les témoignages de respect.  C’est ainsi lorsqu’on entre en tribu. Ne cherchez pas la femme.  Cherchez plutôt le responsable coutumier pour lui tendre une pièce de tissu et un billet de 500 francs.   Pratique macho?  Pas du tout.  C'est plutôt l’expression d’un geste qui témoigne à quel point la culture kanak a traversé les âges sans succomber à la mode moderne.

En 2011, qui sont les plus farouches gardiens du mode de vie kanak?  Les femmes.  Et si l’une d’elles s’appelle Annabelle, ce n’est certainement pas la jolie potiche de la chanson.


*****

Josiane, une force de la nature
Tribu de Tiaoué, par un bel après-midi de mars.  Les femmes prennent le plancher de danse pour bouger sur un air qui n’a rien à voir avec la ballade "Annabelle" susurrée ad nauseam par Mallory Michel.  Elles se laissent bercer par les intonations de la musique et leur robe mission se gonflent comme de jolies voiles colorées.  C’est une journée spéciale dédiée à la femme. Il y a des représentantes des neuf tribus de la commune de Koné : Baco, Koniambo, Poindah, Atéou, Néami, Bopope, Noelly, Netchaot et Tiaoué.  

Josiane, jeune cinquantaine, m’explique que toutes ces femmes ont développé un puissant réseau pour garder leur culture bien vivante.  C’est tout un défi :  neuf tribus qui ont chacune une langue bien distincte.  .  « Nous avons maintenant une école pour les petits à Tiaoué.  Ça leur permet de parler leur langue », me dit Josiane.  Elle sait de quoi elle parle : c’est elle la directrice de ce nouvel établissement.

Une question surgit à mon esprit: la vie en tribu parviendra-t-elle à traverser un autre millénaire?  Je me sens soudain loin, très loin de mon boulevard à supermarchés et de mes rayons de chaussures à talons hauts. Dans ma vie nord américaine, mon féminisme était combat.  J'ai souvent eu l'impression qu'il fallait que je replace une paire de couilles imaginaires pour foncer et réussir.  Tout ça en mettant les bouchées doubles pour assurer mon rôle de mère-poule-couveuse.  Ici, rien de tout ça.  Seulement la force tranquille qui émane de ces femmes.  Elles sont peut-être tapies dans l'ombre des hommes mais elles veillent sur tout.  Je suis assise sur l’herbe avec Josiane, Dorothée et Maria, à discuter pendant qu’elles tressent des paniers.  Instant magique en tribu.  La fragilité de ce milieu me touche.  Mais la grande détermination exprimée par les femmes réunies aujourd’hui me rassure sur la perennité de ce lieu perdu au paradis. 

23 mars 2011

En haut, à gauche, c'est chez nous
Ajouter une légende
Équitation pour les nuls

Je m’attelle à un nouveau sport : l’équitation.

« C’est pas un sport! », me fait remarquer Chéri.  « C’est le cheval qui fait tout le travail, toi tu fais la promenade! »
« … » 
Mieux vaut se taire lorsque le mâle Alpha énonce une énormité.  L’équitation EST un sport.  Je l’ai senti au lendemain de ma première leçon.  C’est comme si j’avais fait de la bicyclette sur un Harley Davidson à pédales.  Ouch!  Et à y regarder de plus près, j’avais même des bleus.  J’ai passé deux jours à grimacer.  Mais je ne lance pas la serviette : je veux faire du cheval sans avoir l’air ridicule.

Pourquoi s’infliger pareil supplice?  Parce que dans cette région de la Calédonie, on est comme à St-Tite.  Il y a plus de chevaux que de personnes au mètre carré.  Je veux faire une promenade avec Clopinette et Princesse des îles sans les entendre rire dans mon dos.  Maman est cool.  Maman peut manier la bride avec la désinvolture de John Wayne.  Allumez moi une Malboro quelqu’un et je pars au galop.

Si vous venez vous établir dans mon patelin, je vous encourage à vous inscrire au cours du mardi matin.  C’est la séance « Équitation pour les nuls ».  J’adore.  On part au pré pour ramener son cheval après lui avoir passé le licol.  Soyez ferme avec votre monture parce que vous allez vite penser que cette chose inerte qui ne bouge pas d’un poil est un âne.  Ils ont tous leur petit travers : si c’est Clin d’œil, il faut chanter pour l’amadouer.  Si c’est Bounty, le gros qui fait la loi dans le pâturage, il faut avancer vers lui comme si on était dans un ring de boxe.  Si c’est Ohio, faites vous à l’idée,  il donne des coups de tête.  Vous finirez tous par espérer monter Benji ou Imprévu comme si votre vie en dépendait mais vous aurez rarement cette chance.  On ne gagne pas toujours à la loterie de la monture de choix.  C’est comme ça.

Une fois sorti du pré, eh bien…vous n'êtes pas sorti de l’auberge!  Vous devez faire la petite toilette de votre cheval avant de le seller.  Comme par hasard, vous tombez toujours sur le plus crotté du lot.  Brosse, brosse, brosse…Il me semble qu’il me pousse du poil sur les dents juste en l’évoquant tellement ça fait une poussière incroyable.  Après, il faut passer le mors.  Tu ouvres la gueule du cheval, comme ça…Oui, tu lui fous tes doigts entre les babines pour lui titiller la dentition en espérant qu’il ne te broie pas les phalanges.  Facile!  

Ensuite, tu poses le tapis sur son dos et la selle qui vient par-dessus.  Pas trop en avant, pas trop en arrière, laisse un poing pour la croupe et chante Hallelujah de Leonard Cohen sans fausser.  Voilà, ton cheval est prêt.

Ah, non…Pas tout à fait.  Il faut lui décrotter les sabots.  Une opération délicate alors qu’il faut empoigner le sabot, gratter, souffler et souffrir. 

La leçon peut maintenant commencer.  Et merde!  Je suis à bout de souffle et trempée de sueur alors que mon cheval est frais comme une rose.

On se dirige vers la carrière d’entraînement, un corral au pied du Koniambo. 

Difficulté no. 1 :   mettre le pied à l’étrier.  Si vous avez comme moi un joli galbe mais une jambe somme toute trop courte, vous aurez l’air du nain dans Love Boat qui essaie d’enfourcher une girafe.  Ce n’est pas très élégant.

Gaffe no. 1 :  vous oubliez de bien resserrer les sangles de la selle du cheval.  Alors là, c’est le burlesque à son meilleur!  Vous êtes accroché au flanc de l’animal, inconsciente d’avoir fait glisser la selle parce que vous cherchez encore le mode d’emploi.

Défi de tous les instants :  passer au trot sans avoir l’air d’un vulgaire pop corn sautillant sur votre monture.  Vous compter un- deux, un-deux… Ça va pendant un demi tour mais le tempo finit toujours par se déglinguer et vous voilà reparti avec votre bombe de travers sur la tête à rigoler comme une gamine.

L’heure passe très vite.  On redescend du cheval avec l’impression d’être passé dans un car wash tellement on est lavé et vidé de toute énergie.

Il faut cependant puiser dans vos réserves…pour desseller votre monture.  Et vous voilà encore avec la brosse à vous faire pousser du poil sur les dents!

Ça paraît éreintant?  C’est pourtant un grand bonheur auquel je m’adonne à toutes les semaines.

Je reviens à la maison fourbue, crottée comme un cheval qui sort du pré et profondément satisfaite des progrès que je fais.  Je suis moins ridicule à cheval aujourd’hui que je ne l’étais hier.  C’est un pas en avant.

21 mars 2011

Débile, Sarraméa!!!

Les Z’amis
C’est un voyage rempli de rires et de petites confidences.  C’est une complicité qui se tisse au fil des 5 à 7 et des pique-nique partagés sur le coin d’une natte à la plage.  On noue de nouvelles amitiés avec un certain sentiment d’urgence parce qu’on sait que le temps va filer drôlement vite.  Les mois s’écoulent à vitesse grand V et il n’y a pas un weekend à perdre!  On est bien entourés dans notre quartier :  à un coin de rue d’ici, il y a la jolie Agnès et Denis-Fun-Board.  Un autre pâté de maisons et c’est ma belle Martine et son complice, Alain.  En piquant à travers la clôture, vous aboutirez chez les « Clou », Louise Godbout et Vincent Cloutier, parents d’ados et d’un nouveau né nommé Bambou (c’est un chiot gras comme un voleur!)
C’est sans compter mes nouveaux voisins, Sébastien de Toulouse et Marjorie sa douce.  Ils ont un beau bébé grouillant de 18 mois, Elian.  J’en oublie parce qu’il y a des expats qui débarquent à tous les mois ici.  Si on se sent un peu seul, on n’a qu’à aller cogner à la porte d'un voisin.  Et il va répondre en vous offrant de boire un pot!! Sympa, non?
On ne compte pas les tours quand on invite à souper.  L’important, c’est de voir nos nouveaux amis pour rire un bon coup et partager notre amour pour ce magnifique pays. 
Nous avons passé un bien beau dimanche à Sarraméa.  Comme le dit la chanson des Black Eyed Peas, on a fait les débiles.  Et c’était génial!