25 mars 2012

Une mammographie? Il ne faudrait pas presser le citron!


Une mammographie n’est après tout qu’une photo de vos seins en sandwich, n’est-ce pas?  Ma mammo à moi n’a rien révélé d’inquiétant si ce n’est un kyste bénin qui avait la grosseur d’une  petite pomme.  Un kyste bien rebondi, une boule dans la boule.  On en a fait le tour, trois clichés par-ci, un autre dans cet angle-là…Mettons le téton bien à plat, serrons les dents, les poings, les fesses et jurons intérieurement un bon coup pendant que la technicienne traîne son popotin jusqu’au déclencheur.  Mais voilà, une nano-seconde avant le flash du rayon X, l’improbable se produit: nous atteignons le point de rupture et un étrange son de rideau déchiré sort de ma gorge.  Le kyste se rompt et éclate sous ma peau.  Ouch!


Ai-je seulement dit « ouch »?  Oui, probablement car je suis d’une grande civilité et j’ai finalement refoulé l’envie d’ouvrir le feu avec une pluie de vilains mots pigés dans le dictionnaire des injures.  La technicienne s’est confondue en excuses, visiblement à court elle aussi de formules pour s'acquitter de sa brûlante gaffe.

Ce n’est qu’une mammographie et il n’y a pas mort d’hommes, direz-vous…J’ai tout de même eu une pensée pour cette chercheure canadienne qui a mis au point une technologie permettant l’examen du sein grâce à une imagerie en 3-D.  Sainte Elise Fear, professeur en génie électrique à l’université de Calgary, mes seins sont entre vos mains!

Au lieu de comprimer vos délicats attributs entre deux plaques jusqu’à ce que vous ne vous craquiez une molaire, Dr Fear utilise un procédé aussi doux qu'un massage shiatsu :  étendue sur le ventre, elle fait baigner vos seins dans des réservoirs d’huile de canola.  Une antenne effectue un balayage de la zone avec de courtes impulsions de micro-ondes, saisissant ainsi les traces de tumeurs.  Cette technologie est appelée Tissue Sensing Adaptive Radar (TSAR).  Elise Fear a mis dix ans avant de publier les résultats de ses recherches.  C’était en 2009…Le conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada lui a consacré un article en concluant ainsi :  « Plus facile et plus sûre.  La recherche canadienne trouve un moyen d’y parvenir. »

Vraiment?  Aurais-je le bonheur de vivre assez longtemps pour expérimenter une mammographie sans douleur où tout baigne?  Dr Elise Fear, on prie pour vous!





24 mars 2012

Ma Dacia

C’est un hymne à la liberté,  le cantique des automobilistes :  « Si j’avais un char »,  de Steve Cassonade Faulkner.


C’est ce que j’ai fredonné la première fois que je suis partie au volant de ma Volkswagen Fox.  Je l’aimais tellement mon char! Dévouée comme le gars dans un publicité de Canadian Tire, je l’avais bichonné en lui faisant un shampoing avec du Pine Sol… Vous auriez dû voir la tronche de mon père lorsqu'il a vu le résultat après cette séance de décapage express. 

Trois enfants plus tard, j’ai gradué pour atteindre le stade « mini-van », le véhicule qui consacre notre statut de mère de famille nombreuse.  L’étendard de toutes les « soccer mom » de l’univers!  Une expédition au Wal-Mart ou une virée à Tadoussac, la mini-van est une source inépuisable d’aventures.

Et puis en Calédonie, nous avons eu une Dacia Logan, une familiale 7 places.  Rien de très racé.  Ne cherchez pas la ligne fauve ni les formes arrondies aérodynamiques.  La Dacia Logan se distingue cependant par sa robustesse.  Une caisse carré, un design stalinien, une finition qui fait penser au cul d’un hippopotame.  Fidèle comme un Saint-Bernard mais vache sur le parcours en montagnes russes de la transversale Koné-Tiwaka.  Qu’à cela ne tienne!  Nous avons eu le temps d’admirer le paysage en chantant à tue-tête.   Et je ne compte plus les aller-retour jusqu’à Pindaï sur la route de terre rouge en soulevant un nuage de poussière jusqu’au lagon. 

J’ai officié au volant de la Dacia devenue mini-bus improvisé plusieurs matin par semaine pour les lycéens du quartier.  6 ados cordés serrés avec des sacs à dos bourrés comme des œufs.  On entendait une mouche voler.  Zzzzzz!  Que le ronron réconfortant du moteur pour briser le silence monacal d’une troupe de ronfleurs.

C’est le regard soudé sur la route et les mains posées sur la roue que j’ai rêvé mes futures vies et échafaudé des projets fous.  Dacia-yoga entre Koné et Nouméa.  Trois heures de trajets, trois heures de méditation.

La parenthèse Dacia est terminée.   Nous avons vendu notre char-chouchou à une autre famille nouvellement établie à Koné.   Il y a un peu de nos rêves qui traîne encore sous les banquettes.  

Bonne route!


14 mars 2012

Zigzaguer jusqu'au nord



Notre ami, Monsieur Option-GPS-Inclus, a débusqué de magnifiques repaires de plongée sur le lagon de la Nouvelle-Calédonie.  Le nez au vent, la proue fendant les vagues, battant pavillon sous le symbole de l’assurance.  Vous avez perdu le nord?  C’est à lui qu’il faut demander où le trouver.

Mais ce soir, notre bon ami a des doutes.  Le plancher des vaches lui joue des tours. Debout sur notre terrasse, position « rose des vents », il refait ses gammes nord-sud-est-ouest.

« Bon, le soleil se couche à l’ouest, par là… », nous dit-il.
Bravo.  Deux morceaux de robot.

« Donc, le nord est par là! », affirme-t-il le plus sérieusement du monde en pointant…le sud.

Oups.  Monsieur Option-GPS-Inclus se détraque ce soir.  Sa douce moitié prend les commandes et met la switch à « reset ».  On reprogramme le mari nous aussi, à moitié morts de rire devant la girouette égarée.

Cet trouble momentané a quelque chose de touchant.  Combien de fois m’est-il arrivé de bifurquer à gauche plutôt qu’à droite pour découvrir quelque chose d’étonnant :  une façade colorée, un boutique baroque, une bande d’enfants saoulés par la bonne humeur.

Il y a un acte d’abandon dans ce désir de perdre le nord.  Tout quitter pour faire le saut de l’ange en bungee en Nouvelle-Calédonie, c’est à la fois enivrant et déroutant. 

Il me semble que rien n’est plus lassant que la ligne droite.  Mais pas besoin de partir à l’autre bout du monde pour faire l’expérience du labyrinthe.  Saupoudrer quelques journées de congé au hasard dans l’agenda pour faire échec à la routine.  Se faire inviter dans une fête indienne pour un dépaysement instantané  (merci encore Padmini Rajan !).  Aller s’émerveiller devant le ballet des baleines (à faire en juillet en Nouvelle-Calédonie, au moment où elles viennent mettre bas dans le lagon).  Participer à un raid même si on sait qu’on arrivera dernier au fil d’arrivée.

Où est le nord?  Je ne le sais pas toujours et j’en suis fort aise.


7 mars 2012

Splendeurs et misères sur le net


Internet est-elle devenu la porte d’entrée d’une grotte ou vous vous perdez à travers ses intrigantes galeries?

Êtes-vous devenu une mouche prise dans la toile du web?

Vous arrive-t-il d’être excité devant un humain… pixellisé?

Facebook est-il la seule fenêtre que vous ouvrez pour regarder le monde?

Twitter, le journal que vous lisez?

Et Youtube, votre canal nouvelles 24/24?

Je vous comprends.  Je surfe moi aussi et je m’interroge depuis quelques temps sur la bêtise et/ou grandeur de la toile.

Je cherche des réponses à mes questions.  Fuir n’est pas la solution.  L’ordre s’est imposé :  plus de 600 millions d’utilisateurs sur le réseau social Facebook.  C’est comme essayer de marcher sous une ondée avec un parapluie sous le bras sans se mouiller.  Il y a même un buzz qui court :  nous serons un milliard d’ici la fin 2012.

Un milliard.  Une personne sur 7.

Nous n’avons pas fini de recevoir des « partages » tous aussi débiles les uns que les autres comme ceux-ci :


Et ça s’appelle « divertissonsnous.com »…Good Lord  :/   Je n’ai même pas osé l’ouvrir car le titre grandiloquent nous plonge déjà dans la turpitude humaine.

Le magma d’internautes bouillonnent tout de même avec une force inimaginable .   Quelques clics et vous entendrez battre le cœur de l’humanité.  Je vais vous faire sourire en vous disant ceci :  votre souris d’ordinateur va vous emmener à changer le monde.

De quoi faire défriser le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui soutenait que « l’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt. »  Jean-Jacques, le concept de société va basculer pour faire place au réseau social.  Un entrelacement d’individus, un système irrigué par des millions de cerveaux qui, je l’espère, ne sont pas trop fêlés.  Oserait-on dire, une forme d’intelligence?  Je le crois.

Regardez le travail de cet homme, Jason « Radical » Russell, un fou furieux qui ne connaît pas le mot "impossible". Il nous démontre en moins de 30 minutes comment changer le monde.  Il fait ça avec une caméra, un réseau social et un front de beu.  That’s it.

Radical Russell a choisi pour mission de rayer de la carte de l’Ouganda un despote nommé Joseph Kony, le pire des bonhommes sept heures :  cet illuminé autoproclamé a enlevé, violé, tué, militarisé, 30 000 enfants. 

La mission 2012 porte le nom de KONY.  Tout porte à croire qu’il y en aura d’autres.  http://www.invisiblechildren.com/our-team


Voici le document.  Prenez 30 minutes de votre temps.  Vous avez bien passé deux heures sur Facebook auparavant?  Une demi-heure de plus ne vous épuisera pas.




26 févr. 2012

Il faut de l’humilité pour Cyberdiscipliner nos enfants…


J’ai mis au monde trois «natifs numériques », des enfants aujourd’hui âgés de 17, 15 et 12 ans nés à l’ère techno.  On les appelle « génération C », cette génération qui succède à la « Y ».  Moi la « X », je ne suis qu’une immigrante dans leur contrée technologique.

Ils ont une souris au bout des doigts et un pouce qui dégaine des salves de SMS sur leur téléphone intelligent.  Leur cerveau fonctionne en mode « multitâches » :  ils ont  des fenêtres d’attention qu’ils ouvrent et ferment en surfant sur Facebook et Youtube tout en téléchargeant séries télé et musique en ligne.  Ils clavardent comme ils respirent.  Rient (Loll, mdr, J , mouahahah).  Déclinent le tableau de caractères Windows pour décrire leurs émotions *_*:/ :p  Ö  <3  8-) :-[  Bavardent avec cinq amis en même temps comme s’ils étaient assis autour d’un feu de camp alors qu’ils sont seuls devant leur écran d’ordinateur.  Je les soupçonne d’être des mutants.

Mutants ou pas, ils ont hérité d’une mère à la morale antédiluvienne.  Une mère matamore qui part souvent en croisade contre les horaires de marathonien sur internet.   Je vous l’avoue,  il m’arrive de débrancher le modem lorsque je parle à trois « crash test dummies » soudés à leur portable. 
Je leur brandis souvent l’argument ultime lors de ma croisade contre l’usage abusif d’internet : 

« Un jour, tu auras un  patron encore plus ‘freak’ que ta mère et tu n’auras même pas la possibilité d’aller t’agenouiller devant le mur des lamentations de Facebook pour te plaindre! »

Oh, que je me suis mise un pied dans la bouche!

Je suis tombée sur un entrefilet dans une revue de la presse féminine qui évoque l’arrivée de cette nouvelle génération sur le marché du travail.  Un constat s’impose :  je suis à des années lumière de la planète du Net.  Ce n’est pas d’hier que les gestionnaires se font des cheveux blancs pour tenter de séduire les jeunes travailleurs.  Ils ont balayé le mot « hiérarchie » sous le tapis pour instaurer une dynamique consensuelle. 

Emploi Québec avait déjà pavé la voie en 2008 avec un guide à l’intention des gestionnaires de PME qui s’intitule « Comment apprivoiser la génération Y ».    On y lit qu’ « avec l’aide de leur réseaux de contacts et la technologie, ils (la génération Y) ont une connaissance plus exacte et en temps réelle de leur valeur sur le marché du travail », et de ce fait, « le gestionnaire aurait avantage à mieux comprendre leurs préoccupations et leurs ambitions (…)».  

Un chausson avec ça?

Maman : zéro.  Les enfants : 1

Mes rejetons seront au paradis, immunisés contre la morale rétrograde de leur chère mère.  Ils auront un patron qui leur ouvrira les portes du marché du travail devenu terre bénie des jeunes branchés :  d’ici 10 ans, un million de 12 à 24 ans feront partie de la main-d’oeuvre active d’après les estimations du centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO).

Je devrai donc me mettre au parfum de mes ados, trois dignes représentants de la génération « C »  et souscrire à leur maxime : « communiquer, créer, collaborer ». 

Je me demande s’il y a une application au Apple Store pour ça?

25 févr. 2012

L’inébranlable confiance de Flipper



Nous sommes à la piscine, histoire de se rafraîchir un peu après une journée à l’école où les enfants se sont fait chauffés à blanc.  Princesse des îles a enfilé ses lunettes rouges de championne de natation et fait des longueurs.  DES LONGUEURS…Étrange comportement pour une enfant qui s’identifie plus à la ballerine aquatique Sylvie Fréchette qu’au géant Michael Phelps. 

Quelle allure!  Elle mouline avec l’énergie d’une turbine d’Hydro-Québec.  Je retiens mon souffle quand je la vois plonger en apnée…pour aussitôt ressortir et happer l’air comme si sa vie en dépendait.  C'est rien de moins que du surplace énergique.  Elle qui a l’habitude de se mouvoir comme si elle avait frayé avec le dauphin Flipper, la voilà qui avance avec  autant d’aisance qu’un petit beluga dans la semoule. 

« Regarde maman!  Je fais le troll! »

Le quoi?  Je pouffe de rire.  

« C’est pas le troll ma chérie…ça s’appelle le crawl! ».  Vrai que l’anglais des moniteurs de natation français est parfois aussi brouillé qu’une piscine pleine de bouette. 

Princesse des îles passe du « troll » à la brasse, autre style de nage expérimenté aujourd’hui lors de son premier cours de natation à la piscine du Ouen Toro.  Le résultat est tout aussi…artistique.

« Est-ce que tu trouves que je nage bien? », me demande-t-elle, ruisselante.
Question-piège.  Elle nage comme une enclume mais je vais valoriser les efforts déployés.

« Tu dois continuer à t’entraîner, la natation est un excellent exercice! »
Fine mouche, elle flaire ma dérobade.

« Une amie m’a dit que ça devrait être interdit de nager comme ça… »
Et si j’étais la police de la piscine, tu aurais une contravention.  Ce n'est pas moi qui s'exprime, c'est ma toute petite voix de mère indigne que je m'efforce de taire en ravalant mon éclat de rire.

« Et toi, qu’est-ce que tu en penses ma jolie? ».  Autre tactique de camouflage, répondre par une question. 

« Moi, je pense que je suis une très bonne nageuse! », me dit-elle avec aplomb.  Princesse des îles, qui a eu son lot d’intimidation au fil des écoles fréquentées tant à Trois-Rivières qu’ici en Nouvelle-Calédonie, démontre une confiance insubmersible.  Elle continue à faire la crécelle dans l'eau avec bonheur.  

« Mais c’est sûr que j’aime mieux nager sous l’eau ».  Et la cousine de Flipper pique une tête pour aller raser le fond de la piscine.  Même les jolies sirènes ne savent pas comment faire le crawl.  Encore moins bien le « troll »! 




22 févr. 2012

L’été des indiens ne pèse pas lourd dans la balance

Anse Vata
Ham-sud 
















Dites « Québec » à un français et la machine à rêves s’emballe.

J’ai tenté l’expérience avec une vendeuse de la librairie l’As de Trèfle de Nouméa. 

« Québec! », ai-je négligemment laissé glissé de façon très subliminale dans une conversation sur la pluie et le beau temps.  En fait, sur le beau temps parce qu’il fait toujours beau ici.

Et paf!  La voilà avec les yeux grands comme des cartes postales version panoramique où apparaissent les Rocheuses, les chutes Niagara et le château Frontenac.  Elle s’imagine déjà, parée d’un couvre-chef en poil et en peau, fouettant sa horde de chiens de traineau qui la tirent jusqu’à sa cabane en bois rond sur fond d’aurores boréales. À la seule évocation de la patrie canadienne, ce fantasme-flash a illuminé le fond de sa pupille. 

« C’est si beau le Canada!  Je rêve d’y aller pendant l’été des indiens… », me dit-elle, partagée entre le mysticisme et le rêve.

Je souris, béate devant sa soif de découvrir la sauvagerie d’un pays qui ronge la moitié d’un continent.  L’été des indiens… La douceur sucrée d’une saison qui finalement n’est qu’une conjoncture :  un relent de grandes chaleurs, la croisée de vents favorables, un ciel bleu sainte-vierge où les nuages sont floconneux et jamais menaçants.  Une aquarelle, celle dans la chanson de Joe Dassin.  Il ne manque que les licornes pour compléter ce tableau chimérique.

« Je voulais aussi aller travailler là-bas », me dit-elle avec un rire gêné.

L’été des indiens à longueur d’année.  J’aime ce concept.

« Mais vous savez », poursuit sur la lancée des confidences, « on m’a dit que les travailleurs n’avaient que DEUX SEMAINES DE VACANCES  PAR ANNÉE… ».    La voilà presqu’en train de défaillir devant une telle perspective.  Deux misérables semaines.  Et imaginez si ça tombe en plein février…La guigne!  Ou pire encore :  le boulet des deux dernières de juillet parce que le chantier FERME!  Ahhhh!….Tout le monde à Old Orchard en même temps.   

« En France, tous les travailleurs ont droit à un mois! », m’explique-t-elle comme une académicienne.  

Si seulement le canada avait opté pour la devise des français :  liberté, égalité, fraternité et UN MOIS DE VACANCES!

Un mois, c’est bien plus long que l’été des indiens…



14 févr. 2012

Je suis une fille de Koné qui s'en va vivre à Nouméa


J’ai versé des larmes en arrivant en brousse.  Je vais pleurer des torrents lorsque je vais devoir la quitter.  Et c’est aujourd’hui que je lui dis au revoir.

Mes copines de Koné vont me dire :  «Là, Gougounes, tu exagères  avec tes torrents…T’es pas Claude Barzotti!  Slaque avec tes métaphores! »

Je vous jure que c’est vrai!  Ce matin, je commençais à ressentir un léger vague à l’âme à l’idée de partir.   En faisant le plein de diesel, j’ai failli mettre du sans plomb (là, c’est Chéri qui aurait pleuré des torrents …)  Pour la première fois, je réalisais que je tournais une page sur le chapitre « brousse ».    Je venais de charger la moitié de mes vêtements dans ma plus grande valise et j’avais posé ma cafetière sur le siège avant.  Il était 7 hrs du matin, le temps était gris et pluvieux. 

J'étais en train de bougonner jusqu’à ce que je reconnaisse un visage connu :  Claude, un travailleur kanak à qui j’ai déjà donné un lift parce qu’il avait fait une crevaison avec son bicycle.

Il s’avance vers moi avec son grand sourire.  Sa tuque verte m’attendrit parce qu’il fait quand même 30 degrés…

« Bonjour!  Ça va? », me dit-il en me faisant la bise.  On a gradué jusqu’à la bise parce que je lui fais confiance.  Ne me demandez pas pourquoi, il a une face en sourires et ça me suffit comme garanti.

« Ah, oui, ça va.  Mais je m’en vais, je quitte Koné.  Je déménage à Nouméa ».

Et là, c’est tout juste si je n’entends pas son sourire qui tombe en faisant ka-kling! 

« Mais on ne te verra plus! », dit-il avec une sincérité touchante.

« Ben voyons donc, la Calédonie, c’est grand comme ma main.  On va se revoir, c’est sûr! ».  Je me fais rassurante.  Vous le savez vous aussi que c’est petit la Calédonie :  avec moins de 250 mille personnes sur le caillou, les statistiques sont de notre bord.  On va se tomber dessus un jour ou l’autre. 

Claude est parti en disant au revoir, embarqué avec des compagnons de fortune dans un pick-up pour un autre petit boulot.  Me voilà à la caisse avec les larmes qui montent aussi vite que dans un creek sur la transversale pendant une grosse ondée.   Attention, débordement en vue!  Pourquoi se mettre à chialer comme dans un clip de Barzotti? 


C’est là que j’ai réalisé que je suis en train de tirer le fil d’un inextricable réseau que j’avais tricoté, un réseau qui était devenu un filet de sécurité.  Je me sentais bien ici.  Mes enfants aussi.  Mais voilà :  l’expérience nous emmène ailleurs.  Il faudra sortir encore une fois nos aiguilles à tricoter et se mettre à faire des mailles ici et là. 

Je pars avec les enfants à Nouméa.  Chéri viendra nous rejoindre dans quelques semaines.

La brousse, c’est comme partout ailleurs :  il y a des bons et des mauvais jours.  On s’ennuie, on s’éclate, on rit, on pleure, on mange en famille élargie, on lance des cris en découvrant des coins perdus.  C’est comme ça en Abitibi au Québec, dans la Creuse en France et dans les Blue Ridge Mountains en Caroline du nord.  Mais le « Wow Power », c’est  de réaliser que la brousse finit par nous rentrer dans la peau. 



Je suis une fille de Koné qui s’en va vivre à Nouméa.  C’est ça le titre du nouveau chapitre.

7 févr. 2012

Conjugaison du verbe "sourire"

Je souris quand :

Je mange le pâté chinois cuisiné par mon aînée...Je cours avec la couette qui dégoutte...Je marche vers la mer sans avoir à me tremper un orteil à la fois...Je sors du coiffeur avec un brushing de rêve...Je transpire en joggant sous le soleil polaire à moins 10 degrés...Je réussis à traîner ma mère de 70 ans (belle et jeune!) dans un discothèque à la mode..Je danse sur un vieux tube disco, les guéguettes en l'air, sur un buffet...Je fais la vaisselle avec des copains après un party bien arrosé...Je plonge dans mes vieilles revues et je redécouvre des articles tripatifs...Je vois mes grands enfants endormis comme des petits chats sur le vol Paris-Osaka...Je regarde un film pour la troisième fois, toujours aussi émue...Je me lève tôt...J'ai de la visite qui s'annonce à l'improviste...

5 févr. 2012

Remettre les pendules à l'heure

C’est dimanche au Québec alors qu’on est déjà lundi en Nouvelle-Calédonie.  Vous prenez votre apéro et je sirote mon deuxième café.   Méga dé-ca-la-ge.  Revenir est une étrange expérience.  Ce n’est pas tant le fait d’avoir à avaler les trois quarts d’un cadran d’un seul coup qui me plonge dans cette drôle de torpeur.  Je tangue comme un paquebot, encore chamboulée d’avoir vécu plus d’une journée complète dans les airs.  Il n’y a que les astronautes qui sont entraînés pour faire autant d’heures de vol!  ça fait wouche! wouche! dans mon oreille interne avec la houle des derniers jours. 

Mais ce n’est pas là le pire de mes soucis.  Le vrai décalage, c’est de se dire qu’on est ici alors que notre famille, nos amis, les paysages de neige et l’intrigante pelote de racines pur québec , et bien tout ça est resté là-bas.  J’ai encore des frissons rien qu’à penser que je les tenais dans mes bras il y a quelques dizaines d’heures à peine. 

Le frigo est vide.  L’herbe pousse sous mon nez pour me narguer.  Il y a un cadavre de cafard dans le fond de ma bagnole crottée.  Les factures impayées jaunissent dans la boîte aux lettres.  Et il faut que je traîne mes claquettes derrière le caddie pour trouver une salade et trois branches de céleri. 

Welcome home.

Comment se repulper le moral après six semaines douillettes enroulée dans les pulls laineux?

D’abord, se planquer.  Ermite assignée à résidence.  On sort pour le strict minimum.  Faire les courses dans le seul et unique but d’assurer la survie de la tribu.  C’est fou ce qu’on peut faire avec un kilo de carottes.  Je les ai cuisinées en salade, en gâteau et dégoulinantes de beurre.

Puis, aller se guérir à la plage.  La cure Pindaï fait des merveilles.  Ce ruban de route rouge encadré d’arbres rabougris menant tout droit vers les flots turquoises, c’est une pilule de bonheur.  Ne regardez surtout pas vos mollets blanc fluorescents, ça va vous saper le peu de bonne humeur qui subsiste en vous.  Respirez.



Couchée sur votre natte, le nez plongé dans vos vieilles revues,   vous tomberez alors sur un article qui fait l’inventaire des plus belles plages du monde :  Bora Bora, les Seychelles, sans oublier les tout-inclus de la République Dominicaine.  A ce moment précis, il y aura une volée de poissons sautillant qui vous arrachera de votre palpitante lecture.  L’œil humide, la bouche en « o », vous réaliserez alors que votre plage à vous ne va jamais faire ce palmarès… Et c’est tant mieux. 

Sur le chemin du retour, au volant de votre véhicule poussiéreux, vous fredonnerez Aznavour :

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Le rétroviseur vous renverra alors l’ombre d’un sourire qui danse au coin de vos lèvres.  Et là, vous saurez que vous êtes sur la bonne voie.   On finit toujours par guérir d’un décalage de 16 heures.

3 févr. 2012

Atterrissage en douceur



« Je te paris un 5 que nos valises ne suivront pas jusqu’à Tontouta ».   L’esprit fataliste s’impose quand on voyage pendant 40 heures.  J’ai très peu fermé l’œil entre Montréal et la Nouvelle-Calédonie, 5 heures tout au plus.  En revanche, je me suis enfilée tous les blockbusters hollywoodiens des 3 derniers mois.  C’est fou comme Justin Timberlake est partout en ce moment.

Mon fils m’a relancée en m’assurant que nos lourdes valises allaient être là, pile poil.  Il a finalement empoché ses 5 piastres.  C’est tout ce qui me restait dans le fond de mes poches après un mois de janvier plutôt bien remplie au Québec.

A notre arrivée, nous avons été happé par une bouffée de chaleur et une paire de bras, ceux de Chéri, trop content de retrouver sa petite tribu.



Petite surprise à notre arrivée à la maison :  une minuscule chatte rousse à pattes blanches.  S’il y avait un casting de pub de papier de toilette, je pense qu’elle serait embauchée.  Elle a des yeux immenses et des oreilles qui la font ressembler à Yoda.  Elle est agile comme un singe et curieuse comme pas 2.  Je pense qu’on va bien s’entendre.   

27 janv. 2012

Au revoir Québec, mon amour

Les nuits polaires
Dorval, vendredi, 27 janvier 2012.  La neige s’accumule sur l’avion.  Les charrues tracent des sillons lumineux sur la piste.  Je croise les doigts pour que notre liaison Montréal-Paris ne soit pas retardée.  Il faut compter 28 heures de vols et 6 heures et demi d’escale pour atteindre la Nouvelle-Calédonie :  les retards sont vraiment de trop dans cette équation.

Nous sommes partis ce matin avec quatre valises trop lourdes.  Il n’y avait plus un centimètre de libre dans le coffre.  La neige neigeait sur le boulevard St-Maurice, gommant le caractère prolo du quartier.  Nous avons passé dix jours merveilleux dans un vieil appartement surchauffé, enroulés dans nos écharpes de laine, traînant nos savates jusqu’à la cuisine pour se faire un thé chaud.  

Frigorifique dehors, très très chaud dedans.  C’est comme ça que j’aime l’hiver.  Tout se déchaîne et la vie continue en pantoufles.

Il y a eu les amis, les soupers arrosés, les séances toniques de shopping (et la carte de crédit qui chauffe!), les retrouvailles suivies des au revoir larmoyants.  Les rires et les larmes. Sucré, salé.

Les beaux moments :  un cracheur de feu sur la rue Des Forges qui éclaire la nuit glaciale avec ses crachats en arc-en-ciel.



Autre beau moment :  perdue au milieu d’une forêt, je cherche une adresse au milieu de nul part.  J’étais pourtant à 20 minutes de chez-moi.  

Les autres « plus » :  voir mes enfants avec leurs amis.  Surprendre le regard humide de mes aînés en amour.  Traîner ma mère dans une discothèque à la mode.  Boire du vin et rire gras avec mes anciens collègues de travail.  Du bonbon.

24 janv. 2012

L'épreuve du passeport, un sport extrême

Je jette un œil distrait sur la liasse de paperasse enfouie au fond de mon sac à main et déjà, je baille aux corneilles.  Renouvellement des passeports.  C’est le passage obligé de tout citoyen d’avoir à inscrire les bribes de sa vie, nom-prénom-adresse-alouette, avec l’application d’un élève de 2e année qui fait des mots croisés.  Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai fait pour monter et descendre l’Everest des formulaires d’adoption.  Une montagne de plaisir…

Il s’agit en effet d’une grande épreuve sportive.  J’écris très proprement  avec de jolies barres sur les « T » et des « S » bien rebondis mais cela ne suffit pas à masquer mon trouble d’inattention chronique.   C’est le commis de services Canada qui m’a révélé que j’étais une cancre finie en paperasse 101. 

« Vous êtes le parent requérant?  Donc, n’indiquez pas que vous êtes la mère de l’autre parent ou tuteur… »

Oups, j’ai lu trop vite.  Je ne suis pas la mère de mon chum.  Quoique…

« Et ici, vous avez inscrit 1994 comme année de naissance…Vous êtes bien sûr que c’est votre année de naissance? »

Bon, bon… J’ai inversé le 9… C’est 1964, d’accord!  Madonna a bien 55 et elle en paraît à peine 22.  Dans son cas, ça aurait pu passer.  Mais je ne suis pas Madonna, loin de là.

Si seulement ce n’était que ça… Il faut aussi traverser l’épreuve d’habileté en signant son nom dans la case à cet effet.  Sans toucher aux lignes sinon c’est comme marcher sur les craques du trottoir :  tu meurs.  Sur une famille de 5, combien sont tombés sur ce champs miné?  Deux! 

 « Le « G » de Champagne touche légèrement le bas de la case », m’informe Monsieur services Canada avec l’œil collé dans sa loupe d’entomologiste.  Un hochement de tête et on sait qu’on a un formulaire au panier.  Scrappé.  Tout ça pour un moignon de lettre qui effleure une ligne.  

Et ça ne s’arrête pas là.  La photo passeport de Princesse des îles subit le même sort.

«Cette photo sera rejetée.  La ligne de cheveux déborde un tout petit peu quand on appuie le cadre sous le menton » 

Et moi je déborde d’enthousiasme face à ce nouveau projet qui consiste à retourner chez le photographe.  Youppi-dou!

Je me présente au comptoir non sans avoir cultivé mon petit côté paranoïaque-qui-ne-laissera-rien passer.   Pauvre commis! 

« Il me semble qu’il y a un léger reflet sur cette épreuve…Êtes-vous sûr qu’elle va passer le test des agents secrets de passeport Canada? ».  La suspicion est une maladie qui s’attrape et je pense que je commence à sympathiser avec mon nouvel ami de services Canada.  C’est un king et je suis devenue son émule.

« Attendez, on va appliquer un peu de poudre », dit-il en ouvrant son petit pot débordant d'un blanc laiteux.   Le regard de Princesse des îles s’arrondit de stupéfaction. 

« Ben là, maman, c’est une blague? », demande-t-elle incrédule.  Sa jolie peau chocolatée ne va pas du tout avec ce fond de teint destinée à une suédoise blafarde.

Mais dans la catégorie "erreur la plus craquante", c'est Chéri qui remporte la palme.  Il a inscrit « BRUN » dans la case couleur de cheveux.  En relisant son formulaire, j’éclate de rire.

« Princesse des îles, maman a une question pour toi :  quelle est la couleur des cheveux de papa? »

Et elle me crie du fond du salon alors qu’elle a encore le nez collé sur le mini-écran de son Ipod :

« Gris! »  Et oui.  Ils sont gris.  Ils ont changé de couleur.  Et c’est pour ça qu’on doit renouveler les maudits formulaires.

Les belles d'autrefois



19 janv. 2012

Une vraie vie de chien!

Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors.  Demandez à César ce qu’il en pense!  Ce n’est pas un manteau de dandy doublé en mouton qui va lui faire aimer l’hiver.  Le beagle se serait bien passé de cette petite promenade à moins 15 dans le corridor frigorifié de la rue Des Forges, là où la froidure humide du fleuve s’engouffre pour vous geler les babines.    S’il pouvait se couvrir avec ses propres oreilles, il le ferait dans la minute pour se protéger du sifflement coupant du vent.  Après tout, le ridicule ne tue pas…ces bottillons sanglés n’en sont-ils pas la preuve?  Pratique pour éviter la brûlure du gros sel sur le trottoir mais si peu seyants sur les courts jambonneaux d’un beagle. 

Rien à voir avec Snoopy-sans-souci sous un ciel floconneux… Quelle arnaque digne d’Hollywood de faire croire ainsi que l’hiver est un bain de soleil pour tous les chiens crétins juchés sur une niche.   Joe Cool en lunettes fumées sous la neige, tout nu dans son pelage… Aussi peu crédible que peut l’être un beagle nommé Snoopy!

Suis-je heureux de faire une promenade avec mon maître dévoué? Rien qu'un coup d'oeil sur mon regard fou d'enthousiasme et vous décoderez.   Sortez la camisole de force en mouton, je vais lever la patte sur deux ou trois poteaux gelés.


Vivement le printemps et les écureuils!  Si l'homme a eu la brillante idée d'inventer les vêtements canins pour affronter l'hiver, il aurait poursuivre sur sa lancée créative et nous fournir aussi les tout-inclus dans le sud pour passer à travers le maudit hiver!

17 janv. 2012

10 raisons pour ne pas hurler quand il fait moins 25

Un grand latte, version commande à l’auto, pour se réchauffer les mains  

Le scrouch-scrouch de la neige comme des corn flakes qui éclatent sous les semelles  

La lumière.  Divine tellement elle est partout.

Le pyjama incognito sous le jeans

Pelleter pour se réchauffer.  Utile et ludique.

La cérémonie du grand emballage : pulls, foulards, tuque, chaussettes

Trois-Rivières-Montréal en char, le chauffage dans le tapis, en écoutant le Sportnographe à Radio-Canada

Raclette + vin + amis

Se laisser envoûter par la brume fantomatique sur le fleuve

 Voir scintiller « moins 25 » sur un panneau lumineux et se dire qu’on est un vrai gaulois pour endurer ça…