13 déc. 2011


                                            La petite histoire de Roes

Ce n’est pas d’hier que la Nouvelle-Calédonie accueille les expatriés.  Laissez-moi vous raconter l’histoire des Vérons.

Dans les années soixante, la famille se laisse tenter par l’aventure dans le Pacifique.  Le clan boucle ses valises et dit adieu à son patelin du nord de la France.

Parmi les enfants, Monique, 11 ans.  Entourée de ses frères et sœurs au port de Marseille, elle embarque sur un grand paquebot.  Au loin, la ville du soleil n’est plus qu’un point blanc lumineux qui finalement disparaît.  Ce sera son dernier regard vers sa patrie. 

La petite tribu mettra 45 jours pour accomplir cette grande traversée vers le caillou.  Monique  garde un souvenir heureux de ce voyage émaillé de rires et de jeux comme dans un film de Marcel Pagnol.

Toute la famille débarque à Nouméa pour un bref passage.  Puis, après court séjour à Bourail, c’est dans la province nord, plus précisément à Koné, qu’ils posent définitivement leurs valises.

Koné n’est alors qu’ une minuscule bourgade qui ne compte que deux magasins.  La famille de Monique arrive au bon moment :  il y en a justement un qui attend un repreneur. Nous sommes en 1972.

Pas de publicité, que du bouche à oreille :  on fait désormais ses courses chez Vérons.  Ne cherchez pas l’enseigne, tout le monde connaît.

Au même moment où la famille prend racine à Koné, Monique rencontre celui qui deviendra son époux,  un certain Roes.  Elle a alors 18 ans.

En 1980, Papa Vérons est bien établi dans la commune et il juge que le temps est venu de passer le flambeau à sa fille Monique.  Une nouvelle ère commence et on pose le nom du jeune couple sur une enseigne:  ROES.  La peinture s’est écaillée depuis mais les affaires ne se sont jamais effritées.

Le clan Roes a grandit : quatre enfants et six petits-enfants, tous tricotés serrés.  Monique n’a jamais senti le besoin de retourner dans sa France natale.  Sa vie est ici et les projets sont nombreux.  Comme son père l’a fait 30 ans plus tôt, elle et son mari passeront le flambeau.  

Le magasin sur la rue Principale sera démoli dans quelques semaines.  La fin?  Bien sùr que non!  Il s’agit d’un nouvel envol.  Cette vénérable devanture fera place à des logements et à deux autres magasins, dont un appartient à son fils.  Le marché d’alimentation sera réouvert sur l’autre coin de rue, en face de Koné Centre. 

Je termine en vous confiant ceci :  alors qu’elle était sur le paquebot, la jeune Monique n’a jamais regardé la ville du soleil disparaître à l’horizon. Elle jouait sur le pont lorsque Marseille s’est évanoui dans la Méditerranée.  Mais elle a lâché ses poupées pour scruter longuement le profil du Caillou au terme de son long périple de 45 jours en mer.  Les massifs de la Nouvelle-Calédonie se sont alors imposés  à elle dans toute leur splendeur, lui révélant que tout était possible ici.  Et je crois qu’elle n’a jamais oublié cette vision.

1 commentaire:

VertGrenouille a dit…

45 jours en mer! Quel courage il fallait à cette époque! Belle histoire et c'est heureux que leur histoire continue de plus belle avec ce nouveau projet. Longue vie à eux et à leur descendance!

Ça fait du bien à lire de belles histoires qui vont si bien!