13 déc. 2011

                       La corde à linge à longueur d’année

La cordée de bobettes 12 mois par année, n’est-ce pas là le vrai bonheur calédonien? 

Cuisiner en se faisant surprendre par un gecko miniature accroché dans la botte de persil et rire à en perdre le souffle…

Ne plus avoir à porter des cols roulés.

Sourire quand il mouille et se dépêcher d’enfiler ses baskets pour aller courir sous cette douche improvisée.

Y’a pas d’soucis, mon kiki.

Combien de fois vous ai-je dit que c’était paradisiaque, le Pacifique?  La mer, le lagon, l’abondance des sourires.  S’il y avait un Winner’s et un Pharmaprix, je pense que je ne déménagerais plus.  Le paradis pour l’éternité.

Mais l’éternité, y’a des fois où c’est très long.

Ça commence subtilement.  Je me surprends au beau milieu d’un moment d’insouciance, celui  où «la maîtresse de la maison » attrape son verre de rouge en se demandant quel jour on est… et on est lundi, sacrament! 

Lundi!  Je me souviens très distinctement des lundis.  Pas les lundis où on empoigne le fouet pour s’autoflageller en faisant des stops américains jusqu’au boulot, en se rongeant les ongles tout en appliquant son mascara dans le rétroviseur pour finalement s’apercevoir qu’on a l’air d’Amy Whinehouse à 8 heures et quart du mat ‘.

Non, je ne vous parle pas de ces matins là.

Je vous parle des lundis gonflés à bloc avec l’agenda qui déborde.  Les lundis qui commencent en lion.  Le téléphone qui sonne et qui vous donne envie de danser comme dans un clip de Behoncé.  La première gorgée du café Tim Horton juste avant de lancer votre combinaison aérobique de bonjours et de bises à la ronde.  Les lundis où vous sortez votre nouveau power kit avec la paire de talons canons.

Ces lundis là…

Ce jour-là n’existe plus sur mon calendrier.  Pas depuis que je suis expatriée, femme de Chéri.  Ce n’est pas sa faute, c’est moi qui ai signé un engagement stipulant que je n’allais pas travailler.  Vous imaginez?  J’ai signé un contrat pour me retrouver dans un vieil épisode de  "Papa a raison".  J’écume ma pile de « Living » de Martha Stewart et je cuisine des desserts avec des kilos de beurre arrosé de lait concentré sucré.  JE N’AI JAMAIS FAIT ÇA DE MA SAINTE VIE AVANT!! 

C’est étrange comment j'emploie tout ce temps libre à détricoter méthodiquement  mes beaux projets d’écriture, mes photo-reportages et autres safaris sociologiques qui devaient propulser ma nouvelle carrière de « free lance »  (« libre de glander », ça doit être ça la traduction…) dans la stratosphère professionnelle où gravitent Oprah, Laurence Ferrari  et Sophie Thibault.

Lorsque je m’assoie, j’entends la laveuse qui claironne pour m’annoncer qu’il y a une brassée prête pour décorer la corde à linge, un frigo vide (et sale) qui doit être ravitaillé et trois enfants avec des horaires de premier ministre qui attendent d’être conduits d’un bout à l’autre de Koné.

J’aime mes enfants plus que mon cellulaire de fonction, c’est vrai, mais laissez moi dire une chose aussi éhontée qu’ahurissante :

Ce cellulaire me manque!

Voilà, c’est dit.  Ce cordon à la vie professionnelle n’existe plus, il est bel et bien rompu pour encore quelques années et il faut s’y résoudre.  Prendre une pause peut s’avérer être une expérience douloureuse mais oh, combien nécessaire.  Se balancer ainsi dans le vide fait terriblement peur.  Mais c’est ainsi perchée entre deux vies qu’on déploie une nouvelle assurance.  Il y a encore un plancher sous mes pieds même si je ne touche pas un chèque de paie.  On partage les tunes de Chéri, c’est choc, non?

En apnée pendant 3-4 ans…Je pense que je vais devoir me faire greffer des branchies si je veux passer à travers cette pause-carrière. 

Rester zen.  Décrocher enfin ce certificat bidon en ressources humaines à Teluq.  Peindre des faces de clowns et les offrir à tous mes amis.  Tisser des liens en me lançant dans la vente de Tupperware.  Et pourquoi pas?  Apprivoiser les subtilités du télémarketing.  Il y a tant de défis à relever en attendant de retourner dans l’arène des médias.

Mais d’ici là, je pars dans moins d'une semaine en vacances au Québec en faisant un petit détour par la France.  Je suis crevée et j'ai besoin de repos ;)

1 commentaire:

VertGrenouille a dit…

Savoures chaque moment là-bas, parce que je te jures, un jour, tu vas te retrouver dans ton char, le tube de mascara d'une main, le cellulaire de l'autre, et tout à coup, tu vas brailler comme une Madeleine parce que ce sera déjà fini le paradis. ah!

Bon séjour au Québec!